Sumatra a été mon île coup de cœur en Indonésie, avec Sulawesi. Nous ne sommes restés que deux semaines par manque de temps mais les expériences vécues ici se classent parmi mes plus beaux souvenirs en voyage. Je recommande au moins trois semaines, voir un mois, pour prendre le temps d’explorer Sumatra. C’est une grande île et les temps de trajet sont vraiment très longs. En quinze jours, j’ai vécu deux expériences très intenses dans la jungle : une immersion d’une semaine avec la tribu des hommes-fleurs et la rencontre des derniers orangs-outans de la planète ! Laissez-moi vous raconter…
Mentawai Island


Nous avons fait une immersion de 6 jours et 5 nuits dans la tribu des hommes-fleurs à Siberut, du jeudi au mardi. Les tours durent en général 5/6 jours puisqu’ils sont organisés en fonction des ferrys, sachant aussi qu’il faut compter deux jours de transfert aller/retour pour rejoindre la famille. Pour organiser cette sortie, nous avons pris un guide indépendant qu’on a contacté directement sur Facebook. Son nom est Ere Sakaliou Mentawai, n’hésitez pas à le contacter de ma part ! Le prix du tour est de 7,5 millions, soit 450€ pour deux personnes, sans compter le prix du ferry.
Qui sont les hommes-fleurs ?
Les hommes-fleurs font partie d’une tribu animiste. Ils croient aux esprits et en la nature. C’est d’ailleurs pour ça qu’on les appelle ainsi, pour la connexion qu’ils partagent avec la forêt. Ils sont vêtus d’un pagne qui cache seulement leur entre-jambe et s’ornent de fleurs et de feuilles pour être en communion avec la nature. Pendant six jours, nous avons vécus à leur rythme et partagés leurs journées. Nous avons pris part à différentes activités comme la pêche au filet, le tir à l’arc, la cueillette de plantes médicinales, la confection de paniers en lianes ou encore de poison à appliquer sur les flèches pour la chasse. Nous avons également fabriqués un slip, semblable au pagne qu’ils portent, grâce à l’écorce d’un arbre.
Dans la forêt, la tribu vénère le « sagu », un arbre avec lequel ils se nourrissent mais aussi confectionnent leur maison et beaucoup d’objets du quotidien. Car oui, ici, hormis les cigarettes, tout est fabriqué sur place et rien n’est importé ! La chair du sagu permet de fabriquer une farine qui constitue l’élément de base de leur alimentation. Lorsque l’arbre meurt, les hommes-fleurs récupèrent également de gros vers qu’ils consomment, souvent crus.


Malheureusement, leur culture disparait. Les enfants sont désormais scolarisées et à l’école, on leur demande de choisir une religion. Petit à petit, ils perdent leurs traditions et troquent leurs habits traditionnels contre des vêtements standards. Nous n’avons vu aucun enfant pendant notre séjour car les jeunes générations vivent désormais dans les villages plutôt que dans la jungle. De même, j’ai aperçu quatre hommes-fleurs se balader dans la forêt dans leur tenue traditionnelle. Que des personnes âgées. Les autres portaient des habits de tous les jours : short et T-shirt, ainsi que des bijoux.
Aujourd’hui, ils sont à la recherche de plus de confort et on ne peut pas leur en vouloir. Cela reste un sujet tabou pour les plus vieux car ils sont attristés de voir leurs traditions se perdre avec le temps. En revanche, j’ai trouvé l’expérience très authentique car les gens ne changent pas leur mode de vie pour les touristes. Ils ne se déguisent pas non plus. Ils font la même chose que l’on soit là ou non. Je pouvais d’ailleurs voir la fierté dans les yeux d’Amangiano, notre hôte, quand celui-ci nous montrait ses connaissances sur son environnement. D’ici quelques décennies, les hommes-fleurs pourraient avoir complétement disparus…
Comment s’y rendre ?
Le départ se fait à Padang avec le Mentawai Fast à 7h du matin. Les ferrys jusqu’à Siberut ne passent que le mardi, jeudi et samedi. L’achat des billets peut se faire directement sur place. Le trajet coûte 350k/pers (21€). Nous avons mis environ 4h pour faire la traversée avec ce fast boat. Sachez qu’il y a aussi des ferrys plus lents qui font différents arrêts et peuvent mettre jusqu’à 6 ou 12h. Renseignez-vous bien ! Le mieux est de dormir au Yani Homestay car il est situé à 10 min à pied du ferry. En plus, l’hôtel est vraiment bien.
Une fois arrivés à Siberut, nous retrouvons Sharul (ou Ere), notre guide. Après 15 min de scooter jusqu’à sa maison, nous prenons le déjeuner chez lui et nous l’attendons pendant qu’il part faire quelques courses pour cette semaine dans la jungle. Il achète des cigarettes comme cadeau de bienvenue de notre part. Il est d’usage d’apporter quelque chose à la famille et ils réclament tous des cigarettes donc nous acceptons.
On laisse nos gros backpacks chez notre guide (vous avez aussi l’option de les laisser à votre homestay à Padang) et on part pour 1h30 de pirogue. Il n’y a pas beaucoup de place dans l’embarcation donc je vous conseille de ne pas venir trop chargé. Ensuite, on randonne environ 30 minutes à travers la forêt. Nous avons eu de la chance à ce moment là (c’était mi-octobre), et il n’avait pas plu depuis un moment. Normalement, cette région est très pluvieuse et les sols sont donc boueux. La marche peut alors prendre jusqu’à 1h. En revanche, le trajet en pirogue a été un peu compliqué. La rivière était par endroit trop basse donc on devait descendre pour pousser le bateau. J’ai eu vraiment peur pour mes appareils électroniques parce qu’à plusieurs reprises, la pirogue était à deux doigt de vaciller sur le côté.
Nous arrivons chez Amangiano et sa femme, un couple adorable, en fin d’après-midi. L’avantage d’avoir pris un guide indépendant est que nous sommes les deux seuls touristes. Le séjour promet d’être authentique !


Informations pratiques
Prévoyez des vieilles chaussures car on marche dans l’eau et dans la boue. Il n’y a pas d’électricité dans la jungle donc prenez aussi des batteries externes et une gourde filtrante si vous le souhaitez car on boit l’eau de la rivière qui a un goût très fumé une fois bouillie.
Niveau confort, sachez qu’on se douche dans la rivière et qu’il n’y a pas de toilettes : on fait nos besoins dans la jungle ! On dort sur une natte, recouverte d’une moustiquaire dans la pièce de vie commune avec les guides. On goûte aussi leurs spécialités culinaires comme le sagu, les vers, les poissons et coquillages trouvés dans la rivière. Je n’ai pas pu goûter les vers mais je me sentais un peu obligée de manger le reste par politesse. J’avais peur d’être malade puisqu’ils n’ont pas de frigo et qu’ils gardent les crustacés sur plusieurs jours une fois pêchés. Ça n’a donc pas loupé, j’ai eu une journée pas top du tout.


Ce que j’ai préféré
Mes moments préférés restent les discussions du soir à la lueur d’une lampe à pétrole. Amangiano est un homme très drôle et très curieux. Nous avons beaucoup échangé et j’ai été agréablement surprise de voir qu’il s’intéressait beaucoup à notre culture. Par exemple, il nous raconte qu’un jour, il a vu un film avec un touriste venu ici. Depuis, il se pose une question. Il nous demande alors si les hommes avec des queues existent. J’ai trouvé ces réflexions tellement belles et primaires, semblables à celles d’un enfant. Leur monde n’est finalement qu’imagination, puisqu’ils sont si coupés du monde.
Je lui ai également demandé de choisir une destination, s’il pouvait voyager n’importe où dans le monde. Il a répondu « j’irais toucher la lune, ou le soleil ». Quand on lui a parlé de la prochaine expédition prévue dans l’espace, il a demandé « pourquoi font-ils ça ? Et qu’est-ce qu’ils mangent là-haut ? ». Il rigolait à chacune de nos réponses. Lui, par exemple, ne comprend pas pourquoi la lune disparaît ou bien change de taille. Ces notions abstraites sont trop compliquées à expliquer et nous n’avions pas envie de le faire de toute façon car c’est une notion merveilleusement belle que d’avoir le luxe d’imaginer ! Il a écouté et posé des questions sans juger. Ces conversations resteront gravées en moi à jamais. Cet homme m’a marqué au plus profond de mon âme.
Anectodes sur les hommes-fleurs
- Aujourd’hui, ils enterrent leurs morts au pied des arbres. Avant, ils les déposaient en haut des arbres. Si les oiseaux mangeaient les corps entièrement, cela signifiait que l’âme s’était élevée dans le ciel. Qu’ils se transformaient eux-mêmes en oiseaux. Sauf qu’un jour, des pluies torrentielles ont emportées les corps dans la rivière. Les cadavres en décomposition se sont alors mélangés à l’eau que les gens buvaient et il y a eu de nombreux morts. Depuis, ils sont donc enterrés.
- La richesse se compte en poules et en cochons. On reconnait aussi la fortune d’un homme-fleur par la taille de sa maison et le nombre de cuisine dont il dispose. Ils en ont parfois jusqu’à trois.
- Les hommes-fleurs chassent et mangent les singes. Ils considèrent gagner en intelligence après ça, c’est pourquoi c’est un mets plutôt réservé aux enfants ou aux personnes âgées pour développer le cerveau.
- Pour devenir chaman, il faut être riche, c’est-à-dire posséder beaucoup de cochons et de poules. Il faut également être une belle personne : ne pas mentir, tricher etc. On devient chaman en étant sonder par un autre chaman.
- Les hommes-fleurs changent de prénom quand ils deviennent parents. Ils prennent le prénom de leur premier fils. Par exemple « Amangiano » veut dire : père de Giano.
- Enfin, ne venez pas avec des choses auxquelles vous tenez. Parfois, ils peuvent être tentés de vous demander quelque chose qui les intéresse. Dans mon cas, j’ai dû laisser ma serviette microfibre, parce qu’elle leur plaisait bien haha !